Dans ces articles, je souhaite mettre en avant le fonds alors que je parle souvent ici de nouveautés qui me plaisent en littérature jeunesse. C’est que le fonds me semble essentiel en librairie, que ce soit des grands classiques toujours édités, des rééditions bienvenues ou des livres parus il y a quelques années, parfois plus très diffusés, mais que l’on chérit et conseille toujours pour permettre de répondre à tant de sollicitations différentes et d’aiguiser l’œil et la curiosité des enfants et des adultes qui les accompagnent. En parallèle des nouveautés toujours à découvrir avec plaisir, cela permettra au fur et à mesure d’esquisser ce qui pourrait être ma bibliothèque jeunesse idéale.
Je me devais de parler ici de Crictor de Tomi Ungerer, l’un des albums cultes de mon enfance. Ce livre du grand auteur pour la jeunesse alsacien, lauréat du prix Andersen en 1998, a paru initialement aux États-Unis en 1958, puis fut traduit en français à l’École des loisirs en 1978 et est toujours disponible. Cet album fait partie d’une série de l’auteur sur les animaux mal aimés avec Émile la pieuvre, Adélaïde le kangourou, Rufus la chauve-souris ou Orlando le vautour.

Alors que certains envoient des fleurs ou des chocolats, tel n’est pas le cas du fils de Mme Bodot, explorateur en Afrique, qui lui fait parvenir pour son anniversaire un étrange paquet en forme de cercle contenant un boa constrictor, rapidement baptisé Crictor par la vieille dame qui, après la première frayeur, s’en entiche et s’en occupe avec soin, du tricot et du lit à sa taille aux leçons à l’école en compagnie des enfants. Le serpent deviendra alors son meilleur compagnon jusqu’à la sauver d’un cambrioleur rôdant dans la ville !
Un décalage malicieux y est créé entre le quotidien et l’insolite où des scènes de vie banales deviennent bien amusantes par la présence incongrue du serpent devenu véritable animal de compagnie de la vieille dame. Entre douce fantaisie, détails savoureux et grand optimisme sous forme d’ode à la différence et à l’acceptation de l’autre, cet animal est montré sous son meilleur jour, faisant alors mentir sa mauvaise réputation et apparaissant bien plus humain que celles et ceux qui le rejettent.

Le trait fin de Tomi Ungerer à l’encre rehaussé de quelques notes d’aquarelle donne beaucoup de délicatesse au récit tout en permettant de délicieux détails avec des jeux graphiques autour de la longueur et des formes possibles du serpent. Il faut dire que les serpents font de parfaits personnages de livres pour enfants tant ils peuvent se faufiler partout ou prendre de formes possibles et inimaginables, tout en effrayant souvent les adultes, ce qui n’en est que plus amusant !
Un livre du fonds à retrouver en bibliothèque ou librairie, et s’il n’y est pas, vous pouvez l’y commander. Et si vous passez par Strasbourg, allez voir le très beau musée consacré à Tomi Ungerer reprenant des originaux de l’auteur mais faisant aussi régulièrement intervenir et résonner des illustrateur.ices contemporain.es dans des expositions temporaires.
Crictor, Tomi Ungerer, éd. L’École des loisirs, 1978, 14 euros, à partir de 4 ans.
Pour plus d’informations sur Tomi Ungerer et sur les éditions L’École des loisirs.